En parlant avec mon frère, on a évoqué le fait que beaucoup de personnes (nous y compris parfois) agissons de manière « capitaliste » dans nos désirs et dans ce qu'on attend de nous-mêmes. On essaie de rendre chaque jour, chaque heure et chaque minute de notre temps productif. Productif en création, en lecture, en développement personnel. Comme si nous n'étions jamais nous-mêmes, comme si nous n'avions pas encore atteint nos désirs.
Comme une entreprise qui cherche à grandir, etc. Ça part d'une envie valide, mais ça s'est transformé en une structure rigide et quasi anxieuse de gestion du temps.
Le problème, c'est que les réseaux sont constamment à montrer la performance des autres. Face à cela, on ne peut que se comparer productivement, et le résultat est souvent mauvais. Culture du show-off : ma vie est mieux que la tienne, elle est plus structurée et je suis plus productif.
On a sans cesse la sensation de s'auto-exploiter, on doit performer sans cesse, tout le temps. Une pause ? Ce sont des pages non lues, des abdos à développer, c'est trouver une source de revenus inexistante. C'est là que ça devient dangereux, car on n'est jamais satisfait et toujours à la recherche de quelque chose.
On n'a pas besoin d'être productif pour exister. On n'a pas besoin de tout optimiser.
La poésie et la vie n'obéissent pas aux mêmes lois que l'économie.
Au final, on peut continuer à se développer, à faire du sport, à écrire, oui - mais pas sous forme de KPI mensuel. Plutôt en suivant un mouvement intérieur qui vient de soi, pas d'un tableau de bord imaginaire. On peut vouloir progresser, être plus fort, plus cultivé - mais sans se réduire à un produit.