La nostalgie, c'est ce sentiment qui nous traverse en pensant au passé, à des événements qu'on ne revivra jamais et qu'on envie, dans tous les sens du terme.
Mais tout le monde n'a pas cette nostalgie ancrée en soi. On ne peut pas être nostalgique d'un passé douloureux. On ne peut pas être nostalgique d'un trauma, d'un manque, d'une peine. La nostalgie embarque avec elle un flot de bonheur, de gaietés autrefois goûtées. C'est un luxe auquel certains n'ont pas accès.
Y avoir accès, c'est déjà avoir eu la chance de vivre quelque chose qui mérite d'être regretté.
À l'inverse, ne pas être nostalgique ne veut pas dire qu'on a mal vécu. Certains traversent leur passé sans envie d'y retourner, non pas parce qu'il était douloureux, mais parce qu'ils sont simplement ailleurs — tournés vers ce qui vient, ou installés dans le présent sans le besoin de regarder en arrière. La nostalgie n'est pas une dette qu'on doit à ses bons souvenirs.
Et pourtant, pour ceux qui y plongent, comme tout ce que l'on consomme à outrance, elle peut devenir nuisible. Certains la voient même comme le symptôme d'une vie présente qui déçoit, on envie l'avant parce qu'on n'aime plus le maintenant. Le privilège se retourne alors contre lui-même : ceux qui peuvent se réfugier dans leurs souvenirs sont aussi ceux qui risquent d'y rester.
Je crois pourtant que c'est un sentiment unique, précieux, qu'on s'est habitué à tourner en dérision, surtout dès qu'on parle de culture. Être nostalgique d'une époque, d'une musique, d'un cinéma, c'est s'exposer à passer pour quelqu'un qui n'avance pas, qui refuse le présent, qui sacralise un âge d'or fantasmé. "C'était mieux avant" est devenu une phrase qu'on n'ose plus prononcer sans guillemets.
Mais reconnaître qu'un film, un disque, une époque nous a marqués au point qu'on y revient, ce n'est pas refuser le présent. C'est admettre qu'on a été traversé par quelque chose. Et ça, ça mérite mieux que le mépris.